Avertissement : Les opinions exprimées dans ce forum sont celles des membres d'aujourdhui.com. Avant de suivre un conseil extrait d'une discussion, veuillez le valider avec votre médecin traitant !
Voir le profil
L’accès et l’utilisation du forum sont
réservés aux membres d'Aujourdhui.com.
Vous pouvez vous inscrire gratuitement en
cliquant ici.
Si vous êtes déjà membre, connectez-vous ici :
Tribune Orléans
Jamais malade ! Le dynamique Claude Pinault, 58 ans, qui gérait avec son épouse les boutiques Etam lingerie, 1.2.3 et Le Tanneur à Orléans, s’est retrouvé du jour au lendemain, en septembre 2005, prisonnier de son corps par le syndrome de Guillain-Barré dans sa forme sévère. Difficile de croire en voyant l'auteur du Syndrome du bocal, publié aux éditions Buchet-Chastel, qu'il puisse avoir été un jour tétraplégique. Seul un léger boitement laisse percevoir un signe de faiblesse. Du corps seulement, surtout pas de caractère. Claude Pinault marche sans canne et croque la vie. «Je fais illusion parmi les valides», commente l’auteur qui possède une carte d’invalidité à 80% mais répugne à trop utiliser les places handicapés qu’ils préfèrent laisser à «ses frères d’armes et de larmes». Cet homme aujourd’hui debout, le sourire aux lèvres, raconte dans son livre comment, soudainement, sa vie a basculé. «J’étais très affairé, irremplaçable, comme beaucoup d’hommes et de femmes», se souvient celui qui a passé un an et demi à se battre pour ne plus être assisté. Deux ans auparavant, seul un cancer de la thyroïde avait atteint ce fils de maraîcher, né à Orléans, passionné de littérature, de musique et de peinture qui a toujours aimé travailler de ses mains. Une piqûre de méduse, une otite et voilà cet ancien sportif atteint de cette maladie rare qui affecte les nerfs périphériques et peut conduire à la mort. Claude Pinault, le trublion depuis l’enfance, va se battre contre les diagnostics qu’on lui assène et sortir du bocal à la force de sa volonté. «Je me représentais dans ma tête en train de marcher, de demander ma femme en mariage sur la plage en Espagne, je visualisais le rosé que nous buvions et la paëlla que nous mangions», se souvient Claude Pinault. Trimballé dans différents établissements, de la réanimation d’Orléans en passant par la Bretagne et un centre de convalescence d’Orléans, il préfère s’éloigner de sa famille aimante, «ses visages souriants aux yeux rougis», pour lutter contre la maladie avec ceux qui sont, comme lui, handicapés. A l'époque tétraplégique, plein d’humour, il parvient ainsi à se relever en croyant en l'homme, en lui, explique cet agnostique.
Remanger, remarcher, faire l’amour… tout ce qui fait «un homme-debout.» Pour écrire son livre, il a choisi de s'installer dans son fauteuil, «même si cela mettait ma femme en colère car j’arrivais à me mettre debout», indique Claude Pinault. Il confesse avoir écrit depuis l’enfance mais avoir été obligé de se résigner à faire un métier “sérieux”, d’abord à cause des parents. «J’étais “paysan” mais travaillais bien à l’école, je me suis donc lancé dans des études d'agronomie.» Rebelle dans l’âme depuis la mort de l’une de ses soeurs qu’on a cherché à lui cacher pour le protéger, il rejette en bloc la vie qu’on a tracée pour lui. Le petit garçon qui se cachait pour lire enchaîne les métiers. Il aurait même pu «vendre des frites sous la tour Eiffel». Jusqu’au jour au Elisa, son épouse, lui parle du concept de la marque Etam. Ils décident d’emprunter et de se lancer dans la création d’une boutique à Orléans. Dix ans sans prendre de vacances et à rembourser des crédits. Une vie bien rodée qui lui laisse la place pour peindre et retaper sa maison. La maladie a été pour lui un moyen de réaliser qu’il n’est pas immortel et il a choisi de prendre du recul par rapport à son métier d’entrepreneur pour devenir un auteur. Alors guéri ? Pas tout à fait. Claude Pinault a toujours l’impression d’avoir des gants de caoutchouc et des fourmillements dans les doigts mais il applique toujours sa méthode pour repousser les barrières de la douleur : il ne s’attache plus qu’au positif et à la vérité, c’est pour cela que son premier livre est bourré d’humour.
Dans ce récit romancé, dont le rythme n’est pas sans rappeler le jazz, le lecteur vit au plus près le quotidien du malade. Sans que rien ne lui soit caché. Pas même la beauté du décolleté des infirmières. «La sexualité est relativement tabou dans les centre français», explique Claude Pinault qui n’a pas fini de dire sa vérité. Aujourd’hui, il se prépare à écrire un deuxième roman consacré au monde des maraîchers de l’Orléanais et au secret de sa famille tout en espérant voir bientôt Le syndrome du bocal adapté au cinéma. Dernièrement invité du festival “De la plume à la toile”, l’écrivain a rencontré deux réalisateurs qui sont intéressés par son histoire. Son témoignage ne cesse d’ailleurs de susciter les réactions. France 2 vient de préparer un reportage sur lui pour le 20h, les professeurs de médecine lui demandent de venir parler de comment il a apprivoisé la douleur. Sans parler des malades qui apprécient son regard juste et humain sur leur quotidien, notamment sur son site Internet. Et ce n'est peut-être que le début des surprises sous la plume de Claude Pinault.