Avertissement : Les opinions exprimées dans ce forum sont celles des membres d'aujourdhui.com. Avant de suivre un conseil extrait d'une discussion, veuillez le valider avec votre médecin traitant !
Voir le profil
L’accès et l’utilisation du forum sont
réservés aux membres d'Aujourdhui.com.
Vous pouvez vous inscrire gratuitement en
cliquant ici.
Si vous êtes déjà membre, connectez-vous ici :
Coucou ;) Bonsoir les copinettes :x
Je trie des papiers , jette , garde pfff et ce temps de merde :-S
Cléa il fait beau chez toi ? on voit du ciel bleu , ça nous manque courage à toutes
bonne soirée à vous :x :x :x :x :x bises de moua
AIDANTS
Personne ne rêve de devenir l’enfant-béquille, jusqu’au jour où le silence devient votre seul refuge.
Sous la douche, je laisse l’eau brûlante me cingler le dos. C’est le seul moment où je peux pleurer sans que personne ne m’entende.
Ici, je ne suis pas le « fils exemplaire », ni celui dont on dit qu’il a « un courage admirable ». Ici, je suis juste l’enfant-béquille Adrien, 35 ans, et j’ai l’impression de mourir à petit feu.
Je coupe l'eau et j'affronte le miroir embué. De l’autre côté de la porte, dans ce petit appartement du 15ème arrondissement de Paris, il y a le silence lourd de ma mère.
Il y a 3 ans, j’étais graphiste, je sortais avec mes amis, j’avais des projets. Aujourd’hui, ma vie se résume à des horaires de médicaments, des couches d’adultes et des purées tièdes.
Mon téléphone vibre sur le rebord du lavabo. Un message de mon frère, Mathieu, qui vit à Lyon:
" Salut Adrien, j’espère que maman va bien. Tu es vraiment un roc, je ne sais pas comment tu fais. Je t’envoie un petit chèque pour les courses. Courage, on se voit à Noël "
Un chèque. Comme si l’on pouvait acheter le droit de ne pas être là. Comme si ma vie à moi n’avait pas de prix.
On nous appelle les " aidants " Un joli terme administratif pour cacher une réalité brutale : nous sommes ceux qui restent quand les autres s’envolent. Ceux qui sacrifient leur carrière, leurs amours et leur sommeil, pendant que le reste de la fratrie gère la situation par SMS.
Le pire, ce ne sont pas les nuits blanches. Ce ne sont pas les crises de démence où elle ne me reconnaît plus. Le pire, c’est d’entendre: « Mais toi, tu es fort. »
Cette phrase est une condamnation. On me dit que je suis fort pour s'autoriser à être faible à ma place. On me dit que je suis patient pour justifier leur absence. ....
Mathieu me tél une fois par semaine pour des conseils trouvés sur Google. Il me parle de « positivité », de « stimuler ses fonctions cognitives ». Il a les mots. J'ai la fatigue.
Hier soir, vers 2 h du matin, je l'ai trouvée dans le couloir. Elle cherchait ses chaussures, elle voulait « rentrer chez elle », dans la maison de son enfance qui n'existe plus.
Elle m'a regardé avec une détresse infinie et, pour une seconde, le voile s'est levé. Elle a pris ma main, ses doigts tremblants serrant les miens, et elle a chuchoté:
« Adrien, pourquoi tes yeux sont-ils si vieux ? Va-t'en d'ici, mon fils. Ne t'éteins pas avec moi. »
Ce fut un coup de poignard. Elle sait. Même dans son naufrage, elle voit que je me noie avec elle.
Ce matin, 'ai appelé Mathieu. Je n'ai pas crié, je n'ai pas supplié. J'ai parlé avec la froideur de celui qui a touché le fond.
- Mathieu, j'ai pris rendez-vous avec une infirmière libérale et une aide à domicile. Ça commence lundi. Je reprends mon travail à mi-temps. Et pour le reste, tu vas prendre le train. Pas pour Noël, mais pour le week-end prochain. Tu ne viendras pas en invité, tu viendras pour rester. Tu vas apprendre l'odeur de la maladie et le poids de la responsabilité. Je ne veux plus être un roc, je veux être un frère.
Il y a eu un long silence à l'autre bout du fil. La fin d'une illusion.
Si vous avez encore vos parents, regardez-les. Et surtout, regardez qui les porte. Si ce n'est pas vous, ne jugez pas.
Ne donnez pas de leçons. Ne dites pas « préviens-moi si tu as besoin de quelque chose ». Agissez. Prenez le relais, même pour une après-midi.
L'enfant-béquille ne veut pas de médailles. Il veut juste ne pas être le seul à empêcher le monde de s'écrouler. Parce qu'une béquille, à force de tout porter seule, finit toujours par se briser.
Je sors de la salle de bain. Maman m'attend dans son fauteuil. Pour la première fois depuis longtemps, je ne ressens plus seulement le poids du devoir mais le besoin de respirer. Pour elle, et surtout pour moi.